Arrivée d'Irancy, victime chronique de la paysannerie

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Arrivée d'Irancy, victime chronique de la paysannerie

Message par Theudbald le Sam 17 Juil 2010 - 19:43

Bourgogne entra dans le bourg auxerrois par le pont enjambant l'Yonne avec sa petite troupe : la lance seigneuriale levée sur la terre d'Irancy composée selon les ordonnances bourguignonnes d'un coutilier, d'un piquenaire, d'un arbalétrier, de trois archers et d'un écuyer. Un nouvel écuyer, d'ailleurs. L'Irancyçois avait déniché la crème : un soudard entrainé et valeureux, ayant maintes fois fait ses preuves dans les compagnies d'ordonnance bourguignonnes, même à l'Etat Major depuis déjà plusieurs mois, un expert en stratégie militaire, un connaisseur des armes, armures, montures et bagages, un meneur d'hommes... Bref, comme le héraut chapeautait le ban auxerrois, c'est tout naturellement qu'il lui avait remis la bannière d'Auxerre. Le Porte-Bannière devait être un vétéran, un homme de confiance, quelqu'un capable de rallier les gens d'Auxerre au plus fort de la bataille et dans les moments de démoralisation extrème. Le choix allait tellement de soi que le routier irancyçois n'avait pas crû bon de demander l'accord à la duchesse sa suzeraine.
Nan, lui, s'il se pointait avec ses soudards et son nouvel écuyer en cotte d'armes aux couleurs d'Irancy flambant neuve, c'était surtout pour pourparler de l'aveu et dénombrement qu'il avait pondu quelques mois plus tôt.

Il passa le châtelet d'Auxerre que surmontait la large et imposante Tour Gaillarde de laquelle on voyait tout Auxerre et les environs.

Il salua de la main le capitaine de la garnison, le sieur Harserieux. Il ne s'étonna guère de ne point apercevoir Aubin Fichot, dict l'Arquandier, un terme morvandiau pour signifier sa nonchalance et son incapacité notoire.

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Re: Arrivée d'Irancy, victime chronique de la paysannerie

Message par AEAEDA le Lun 19 Juil 2010 - 5:11

Le nouvel écuyer suivait le seigneur de prêt, la bannière prêt de lui. Cela lui rappelait les grandes defenses de Dijon où sa garnison et lui avaient l'habitude de se confier chacun leur tour la bannière de Semur.

Temps de beaux souvenirs qui ravivaient la mémoire du soldat. Il se plaisait dans ce nouveau rôle qu'il avait accepté avec plaisir. Il marcha donc fièrement, suivit par la la lance seigneuriale.

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Re: Arrivée d'Irancy, victime chronique de la paysannerie

Message par Ingeburge le Jeu 5 Aoû 2010 - 22:16

C'était, jour des comptes à Auxerre.
La séance, dont la régularité avait été fixée par la dame des lieux via ordonnance ducale dûment scellée, était aussi redoutée par les personnes chargées de présenter leur rapport à la duchesse qu'une levée des impôts ou un appel au ban : on savait bien que cela pouvait arriver mais on espérait toujours en son for intérieur qu'il n'en serait rien. L'ordonnance en question prévoyait donc la fréquence et le jour de réunion des argentiers auxerrois et envisageait le cas de l'absence de la duchesse; pour les séances auxquelles elle n'assistait pas, elle était représentée par l'un de ses secrétaires particuliers qui se retrouvait être ses yeux et ses oreilles mais aussi son fidèle rapporteur, charge lui incombant en effet de dresser un bilan à l'intention de sa maîtresse.

En cette journée de fin juillet, la Duchesse d'Auxerre se trouvait dans les murs et présidait donc conséquemment la séance d'examen des comptes, attendant de chacun qu'il détaillât fidèlement les recettes et dépenses depuis la dernière réunion. On craignait un peu les réactions de la maîtresse des lieux qui pourtant rarement s'emportait, ses colères étaient froides et se manifestaient non par leur violence mais plutôt par les mots employés. Régnait donc, en la majestueuse Aula Magna, un dense silence, seulement troublé par le froissement des vélins vérifiés encore et encore par les comptables appelés à prendre la parole.

La session fut ouverte par Ingeburge et parole fut d'abord donnée au receveur général. Celui-ci présenta les sommes perçues depuis la dernière levée des impôts, détailla ensuite le montant des redevances issues des banalités, sommes justifiées par le régisseur expliquant que tel groupe de paysans avait cru bon de de ne point user du four ducal ou notant que le moulin avait servi sans discontinuer. D'une plume maniée fermement, la Prinzessin annotait un parchemin, malgré la présence d'un scribe chargé de consigner avec précision et soin les minutes de la discussion. Vint ensuite le tour de l'intendant faisant état des diverses ventes et des revenus engendrés en conséquence. Puis, ce fut au trésorerier de s'exprimer afin de faire état des liquidités disponibles – on sentit les personnes attablées se tendre – et des sommes déjà engagées pour les dépenses ordinaires. Finalement le comptable prit la parole, expliquant ce trou de trésorerie : les dettes accumulées grevaient encore et toujours le budget. Les raisons en étaient fort simples, Auxerre, depuis bien longtemps sans seigneur, avait vécu et consommé en dépit du bon sens, administrée de loin par les services bourguignons qui géraient également tous les autres terres vacantes et bien plus encore. Ingeburge avait trouvé en prenant possession de son fief de retraite une situation précaire, mais non critique, et les prêts contractés auprès des banquiers lombards pour faire face aux sommes dues aux fournisseurs ainsi que les revenus de Carpentras en partie engagés dans le duché auxerrois pour honorer les dépenses nécessaires à la réfection du domaine, permettaient de respirer. Néanmoins, en femme avisée, elle avait les crédits et créances en horreur. Elle contraignait donc ses gens des finances à travailler à marche forcée, exigeant d'eux des résultats en un temps beaucoup plus court que celui tout juste acceptable pour mener la mission à bien. Auxerre devait revenir à l'équilibre, et vite. Les comptable, scribe, secrétaire, clerc, trésorier, receveur et autres experts des choses de l'argent attendaient donc la réaction et l'avis de leur duchesse, le coeur battant.

C'était, jour des comptes à Auxerre, mais jour des miracles aussi.
La gouvernante elle-même, la terrible Irenaus, venait de troubler le déroulement de l'assemblée. En peu de mots et à voix basse, elle expliqua à Ingeburge les raisons de cette interruption et, non sans avoir donné ses directives pour la suite la Duchesse d'Auxerre, ainsi renseignée, quitta l'Aula, non sans avoir donné ses directives pour la suite de la séance, accompagnée des soupirs presque perceptible de ses gens; ceux-ci poursuivraient les débats libérés du joug de leur intransigeante maîtresse.


D'une croisée, Ingeburge put apercevoir le Seigneur d'Irancy, son vassal, et sa compagnie. L'un des hommes de la lance portait la bannière d'Auxerre mais d'où elle se trouvait, elle ne parvenait pas à l'identifier, elle ne sut seulement en conclure que l'homme, bien aue non familier du duché, ne lui était pas étranger. Sourcils froncés, elle se résolut à se rendre dans la cour, alors qu'elle n'allait jamais accueillir qui que ce soit – elle ne payait pas grassement ses Morvandiaux à ne rien faire – mais là, aujourd'hui, elle ne pouvait s'entretenir avec Theudbald, ayant fort à faire en l'Aula Magna et étant du reste persuadée que le seigneur était venu, au choix, se plaindre de ce que ses paysans d'Irancy étaient ladres, paresseux et auerelleurs ou la voir uniquement pour le plaisir de lui faire perdre du temps.

Parvenue dans la cour, son regard erra un instant sur l'étendard auxerrois avant de se poser sur le visage de son vassal... pour finalement revenir se fixer non seulement sur le fameux étendard mais aussi sur celui qui en avait la charge! Incrédule, la Duchesse d'Auxerre venait de reconnaître en le porte-bannière Aeaeda, ancien colonel de l'Ost de Bourgogne et conseiller militaire. De profondément surpris, son regard devint interrogateur et elle ne put qu'articuler en direction de Theudbald, foulant aux pieds tous les usages d'accueil :
— Plaît-il?

En même temps, son doigt s'était levé pour désigner l'étoffe argent et azur. Elle se tut, ne sachant pas par quel bout prendre la chose et, se souvenant qu'elle était à l'origine descendue pour congédier manu militari son vassal et se remémorant ce trou de trésorerie qui n'aurait pas dû être, elle explosa :
— Alors? Puis-je savoir ce que tout cela signifie? Et puis-je savoir pourquoi le sieur Aeaeda porte mes couleurs?
Se rendant compte que ses questions n'étaient pas des plus fermes, elle ajouta :
— Et puis, non, je ne demande pas, j'exige des explications. Je ne me souviens pas avoir été consultée.

Dans son emportement, elle en oublia le pauvre Aeaeda qui ne pouvait être responsable d'une telle initiative. Non, cela était du seul fait de son vsaal, cela était certain et l'audace de ce dernier lui paraissait énorme, à l'image du trou de trésorerie tantôt révélé. Soit, l'Irancyçois en... paierait le prix, et bien plus encore.

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Re: Arrivée d'Irancy, victime chronique de la paysannerie

Message par Haerindor le Ven 6 Aoû 2010 - 19:14

Haerindor se tassa sur son canasson enarmuré. Le jeune Teutonique qui servait d'escorte privilégiée à la furie la plus renommée d'Europe occidentale - si ce n'est au-delà - était sensible à la tension qu'il y avait dans l'air.
Non qu'il n'y fût pas habitué ; il avait vu plus d'une fois dans les yeux de la Prinzessin cette lueur délicate et maîtrisée qui annonçait une prochaine mort douloureuse à celui qui croisait son regard. Mais le Casqué ne pouvait s'empêcher de voir toutes les flammes de la damnation danser au fond des pupilles de sa maîtresse ; un petit coin d'enfer qui lui rappelait sa condition mortelle.
Il ne pouvait qu'attendre la suite des évènements et se concentrer sur le grincement de ses épaulières sous le manteau blanc de l'Ordre ; il n'avait jamais tenté d'apaiser l'humeur de la Teigne Suprême. Il portait assez de ferraille sur lui pour servir d'aimant humain à la mauvaise humeur de son impériale maîtresse. Il se contentait de sourire de la manière la plus assurée possible en évitant de croiser le regard de Bourgogne - qui devait l'avoir attendu à l'alcôve des chevaucheurs du castel une bonne semaine, Ordalie oblige.

Être une boîte de conserve au champ de vision réduit procurait parfois des avantages indéniables.


Dernière édition par Haerindor le Jeu 16 Sep 2010 - 19:33, édité 1 fois
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Re: Arrivée d'Irancy, victime chronique de la paysannerie

Message par Theudbald le Dim 15 Aoû 2010 - 14:49

L'Irancyçois démonta tout en songeant à ce qu'il allait répondre. Visiblement, la duchesse était de mauvaise humeur.
Il faut bien que quelqu'un les porte, vos couleurs. Moi, je tenais les rênes de mon canasson et je gardais une main de libre pour montrer des trucs à mes gens quand je leur dis de faire des choses, ce que je ne peux point faire quand j'ai une hampe de bannière à tenir. C'est plus pratique que montrer avec le coude, en fait. Il fallait vous consulter, Votre Grâce ? Je croyais que je devais gérer l'ost auxerrois.
Nan, mais c'est vrai. Il allait pas devoir consulter sa suzeraine à chaque fois qu'il devait avoir une main de libre. Si ?
Mais je ne viens pas pour parler de l'ost, enfin si... mais non. Enfin... Il me faut acquérir 10 destriers de la Comté pour équiper des reîtres morvandiaux, et comme ca va coûter un prix exhorbitant compris entre la peau du cul et les yeux de la tête, j'ai trouvé pertinent de vous consulter. Enfin bref. C'est pour après si le coeur vous en dit, Votre Grâce.
Je suis surtout venu pour vous soumettre mon aveu et dénombrement. J'ose croire avec ferveur que l'aveu ne sera pas source de discorde.

Quant au dénombrement, on verrait bien...
C'est là qu'il aperçut le teutonique. Il haussa un sourcil. C'était à son tour de demander des explications.

Que fait mon chevaucheur d'armes à Auxerre, dans vos murs, Phylogène ? Evidemment que les recherches de frontières n'avancent point si vous me les accaparer. Je ne me souviens pas avoir été consulté.

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Re: Arrivée d'Irancy, victime chronique de la paysannerie

Message par AEAEDA le Sam 21 Aoû 2010 - 22:37

L'ex-colonel se sentait pris au dépourvu. Une lueur d'incompréhension se faisait remarquer au plus profond de son regard. Il tentait, temps bien que mal, de la cacher.
Malgré cela, il continua à tenir fermement la bannière, tout en écoutant cette conversation...

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